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5 Minutes

Publiée le :

04/07/2025

Auteur

Ayanlé Omar

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Depuis l’indépendance, l’Algérie a toujours affiché l’ambition de bâtir une économie diversifiée et industrialisée. Dans cette stratégie, la formation technique et professionnelle devait constituer un socle solide, capable de fournir les compétences nécessaires au développement industriel.

Pourtant, malgré des investissements importants et une offre de formation élargie, la filière technique peine encore à jouer pleinement son rôle. L’image des parcours techniques reste dévalorisée aux yeux des jeunes et de leurs familles, au profit des filières générales et universitaires souvent perçues comme plus prestigieuses.

Résultat : des formations techniques sous-estimées, des effectifs parfois déséquilibrés, et un décalage entre les qualifications disponibles et les besoins réels du marché.

Les grandes réformes : une volonté de modernisation

 

 

Face à ces difficultés, l’État algérien a entrepris plusieurs réformes majeures depuis les années 1990, pour refonder le système éducatif et mieux articuler formation et emploi.

📌 2000 : Création de la Commission nationale de réforme du système éducatif (CNRSE), dans le sillage des efforts de reconstruction après la décennie noire.
📌 2004 : Rapport de la commission Benzaghou, qui recommande de réorganiser l’enseignement post-obligatoire en trois grandes filières : général/technologique, technique avec bac professionnel, et formation professionnelle.
📌 2008 : Adoption de la nouvelle loi d’orientation sur l’éducation nationale, qui redéfinit les objectifs et les structures du système éducatif.

Ces réformes visaient à moderniser les programmes, introduire de nouvelles approches pédagogiques (comme l’approche par compétences) et mieux préparer les jeunes à la vie active.

👉 Mais la mise en œuvre a été contrastée :

 

 

  • Plusieurs lycées techniques historiques ont fermé ou ont été transformés en lycées polyvalents.

 

  • Les enseignants des filières techniques ont parfois été réaffectés à l’enseignement général, vidant les établissements de leurs ressources spécialisées.

 

  • Le baccalauréat professionnel a remplacé l’ancien bac technicien, sans toujours réussir à convaincre les jeunes et les employeurs.

Une offre de formation en pleine mutation, mais encore déconnectée

 

 

La politique publique a permis de développer et diversifier l’offre de formation. Entre 2000 et 2016, le nombre de jeunes en formation diplômante a presque doublé, grâce notamment à la multiplication des centres de formation professionnelle et des instituts spécialisés.

Cependant, ce développement quantitatif n’a pas suffi à résoudre le problème de l’inadéquation entre formation et emploi.

💡 Pourquoi ?

  • Le tissu industriel national est resté limité, dominé par le secteur des hydrocarbures et marqué par une désindustrialisation progressive.
  • Le secteur privé, majoritairement composé de petites entreprises, n’a pas généré une demande suffisante en techniciens qualifiés.

Le chômage des jeunes diplômés reste élevé, notamment chez ceux issus des filières techniques et professionnelles.

 

Des initiatives pour redonner du souffle au secteur

 

Pour redynamiser la formation technique, les autorités ont lancé plusieurs réformes. Elles visent à mieux répondre aux besoins du marché du travail et à moderniser le secteur. Parmi les priorités :

Centres d’excellence : douze établissements spécialisés ont été créés, en partenariat avec les entreprises, pour former des techniciens opérationnels dans des secteurs clés comme l’électronique, le textile ou les travaux publics.

Numérisation : la digitalisation des inscriptions, des contenus pédagogiques et des démarches administratives vise à rendre le système plus efficace et accessible.

Révision des filières : les formations saturées sont réduites, tandis que celles correspondant aux métiers en tension (industrie, BTP, énergies renouvelables) sont renforcées.

Insertion des jeunes en difficulté scolaire : des parcours adaptés sont proposés pour offrir de nouvelles chances aux jeunes décrocheurs.

Et les autres segments du marché ?

 

 

D’autres marques s’intéressent aussi au marché algérien, notamment dans les véhicules utilitaires, les engins agricoles ou les deux-roues. C’est le cas du coréen Daewoo, du chinois Shacman, ou encore de fabricants de motocyclettes.
L’écosystème en construction ne vise donc pas seulement la voiture de tourisme, mais une industrie automobile au sens large, capable de répondre aux besoins variés du marché.

Les défis à relever pour un impact réel sur l’emploi
?

 

 

Malgré ces avancées, plusieurs défis majeurs doivent encore être relevés pour faire de la formation technique un levier efficace de développement et de réindustrialisation :

Renforcer l’adéquation entre formation et emploi : il est impératif de poursuivre les efforts pour aligner les parcours de formation sur les besoins exprimés par les entreprises, en ajustant continuellement l’offre et en anticipant les métiers émergents.

Accélérer la transformation numérique : la numérisation du secteur doit aller au-delà des inscriptions et des démarches administratives, pour toucher les contenus pédagogiques, les méthodes d’enseignement et la certification des compétences.

Développer un tissu industriel capable d’absorber les compétences formées : sans un environnement économique dynamique et créateur d’emplois qualifiés, la formation technique restera sous-exploitée.

Valoriser durablement les métiers techniques : il est essentiel de changer les représentations sociales en mettant en avant les réussites, en améliorant les conditions d’exercice et en montrant les perspectives d’évolution offertes par ces filières.

Mieux accompagner l’insertion des diplômés : la formation doit s’accompagner de dispositifs concrets d’aide à l’emploi, à travers des partenariats solides avec les entreprises, le développement de l’alternance et un suivi individualisé des parcours.

Conclusion : un chantier national pour bâtir l’avenir 💡

 

 

La formation technique n’est pas un simple sous-système éducatif : elle est une composante essentielle de toute stratégie de développement.

👉 Si elle réussit sa transformation, elle pourra :

  • contribuer à la réindustrialisation du pays,

     

  • offrir des perspectives concrètes aux jeunes,
  • et participer à la création d’un modèle économique plus équilibré et plus inclusif.

Le succès de cette ambition passe par un engagement collectif : État, entreprises, formateurs, jeunes… tous doivent jouer leur rôle pour bâtir une économie où la compétence technique est une richesse reconnue et valorisée.

Ayanle Omar

Ayanle Omar

Fondateur de l’Agence Esprit Marketing

Marketeur industriel en Algérie depuis 2015. Il aide les sociétés d’engineering, de fabrication, de réalisation, de maintenance et de logistique industrielles à mieux communiquer et à attirer plus de clients en mettant en valeur leurs savoir-faire et solutions.
https://www.espritmarketing.net/