Lecture :

5 minutes

Publiée le :

18/09/2025

Auteur

Ayanlé Omar

Catégorie

L’Algérie est à la croisée des chemins. Alors que le pays cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures et à relancer une base industrielle solide, l’expérience de certaines nations peut servir de source d’inspiration. Singapour, le Vietnam et Oman – trois pays aux contextes très différents – ont en quelques décennies réussi à transformer leurs économies. Quels enseignements concrets l’Algérie peut-elle en tirer ?

Singapour : une vision et une rigueur implacables

 

En 1965, Singapour est un petit État sans ressources, marqué par la pauvreté et la division. Pourtant, en à peine une génération, le pays est passé d’un PIB par habitant de 1 500 $ à plus de 22 000 $ dans les années 1990. Aujourd’hui, il figure au 3e rang mondial en PIB/habitant (FMI, 2024). Comment ce miracle économique a-t-il été rendu possible ?

  • Tolérance zéro pour la corruption : Singapour s’est hissé au 5e rang mondial de l’indice de perception de la corruption (Transparency International, 2023). Cette confiance institutionnelle a attiré massivement les investisseurs étrangers.
  • Éducation et mérite : les enseignants figurent parmi les mieux rémunérés au monde, et le système scolaire est reconnu comme le meilleur selon l’OCDE (PISA 2022).
  • Un port stratégique : parmi les plus performants au monde, il a permis à Singapour de devenir une plaque tournante du commerce maritime mondial.

👉Pour l’Algérie, la leçon est claire : miser sur la transparence, la formation technique et la logistique peut transformer un territoire, même sans ressources naturelles abondantes.

Vietnam : la résilience et l’ouverture

Après des décennies de guerre et d’isolement, le Vietnam était l’un des pays les plus pauvres du monde. Le tournant vient en 1986, avec les réformes Đổi Mới, qui ouvrent l’économie aux investissements étrangers tout en maintenant un rôle fort de l’État.

Les résultats sont impressionnants :

  • PIB multiplié par 8 entre 2000 et 2022 (Banque mondiale).
  • Plus de 3 000 zones industrielles et parcs technologiques ont été développés pour accueillir les multinationales (Ministère vietnamien de l’Industrie, 2023).
  • Le pays est devenu un hub majeur de production électronique. Samsung produit 50 % de ses smartphones au Vietnam. 

Mais tout n’est pas parfait : 85 % des exportations vietnamiennes proviennent d’entreprises à capitaux étrangers (UNCTAD, 2023). Cela montre la dépendance persistante vis-à-vis des IDE.

👉Pour l’Algérie, l’exemple vietnamien souligne l’importance d’attirer les investissements internationaux, tout en renforçant l’écosystème local pour éviter la dépendance.

Oman : la diversification progressive

 

Oman illustre un autre modèle : celui d’un pays rentier qui a su préparer l’après-pétrole. Dans les années 1970, sous l’impulsion du sultan Qaboos, le pays a investi ses revenus pétroliers dans l’éducation, les infrastructures et la santé. Puis, via Vision 2020 et aujourd’hui Vision 2040, Oman s’est engagé dans la diversification.

  • Développement d’industries hors hydrocarbures : cuivre, ciment, acier, fibre optique, mais aussi des projets récents en robotique et semi-conducteurs.
  • Ports et hubs logistiques (comme Sohar et Duqm) pour attirer les flux commerciaux mondiaux 🚢.
  • Un cadre réglementaire amélioré pour encourager le secteur privé.

 

Oman n’a pas encore totalement réussi sa diversification – les hydrocarbures représentent encore 60 % de ses recettes publiques en 2023 (Banque centrale d’Oman) – mais les bases d’une économie plus équilibrée sont posées.

👉 Pour l’Algérie, la leçon est de transformer la rente énergétique en investissements productifs, en préparant l’économie de demain plutôt que de s’enfermer dans le court terme.

Quelles leçons pour l’Algérie ?

Ces trois modèles révèlent plusieurs points clés que l’Algérie pourrait adapter à son propre contexte :

  • Stabilité et confiance : sans institutions solides et sans transparence, il est difficile d’attirer les capitaux étrangers (exemple de Singapour).
  • Ouverture maîtrisée : attirer les multinationales peut dynamiser l’économie, mais il faut créer des passerelles vers les PME locales pour éviter la dépendance (cas du Vietnam).
  • Diversification avec vision : utiliser les recettes actuelles des hydrocarbures pour construire l’industrie et l’innovation de demain (cas d’Oman).
  • Investir dans les compétences : former massivement des ingénieurs, des techniciens et des gestionnaires capables de porter la transformation industrielle.

Un chemin algérien à inventer

 

 

L’Algérie dispose de ressources financières, d’une jeunesse dynamique et d’une position géographique stratégique, au carrefour de l’Europe et de l’Afrique. Les expériences de Singapour, du Vietnam et d’Oman montrent qu’aucun contexte n’est figé : avec une vision claire, de la rigueur et des choix courageux, une transformation est possible.

Le défi n’est pas de copier ces modèles, mais de construire un chemin spécifiquement algérien, en tirant le meilleur de leurs réussites… et en évitant leurs erreurs.

Ayanle Omar

Ayanle Omar

Fondateur de l’Agence Esprit Marketing

Marketeur industriel en Algérie depuis 2015. Il aide les sociétés d’engineering, de fabrication, de réalisation, de maintenance et de logistique industrielles à mieux communiquer et à attirer plus de clients en mettant en valeur leurs savoir-faire et solutions.
https://www.espritmarketing.net/