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Publiée le :
08/07/2026
Auteur
Ayanlé Omar
Catégorie
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Cinq ans après son décès, Bélaïd Abdesselam reste une figure étroitement associée à l’histoire industrielle de l’Algérie.
Ce nom continue de revenir dès que l’on évoque les premières grandes politiques d’industrialisation du pays. Pourtant, au-delà de son parcours politique, c’est surtout la vision industrielle qu’il a portée qui suscite encore l’intérêt.
À une époque où l’Algérie s’interroge sur l’intégration locale, la montée en gamme de son industrie, le développement de nouvelles filières ou encore la réduction des importations, certaines idées défendues dans les années 1960 et 1970 réapparaissent, parfois sous des formes différentes.
Alors, que reste-t-il aujourd’hui de la vision industrielle de Bélaïd Abdesselam ?
Construire une industrie dans un pays qui part presque de zéro
Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie fait face à un défi immense. Le pays dispose de ressources naturelles importantes, mais son appareil productif reste limité et fortement dépendant de l’extérieur.
Pour les responsables de l’époque, la priorité n’est pas uniquement de produire davantage. Il s’agit surtout de créer les bases d’une économie capable de fabriquer, transformer et développer ses propres capacités industrielles.
Nommé ministre de l’Industrie et de l’Énergie en 1965, Bélaïd Abdesselam devient l’un des principaux artisans de cette stratégie. Son ambition dépasse largement la création d’usines : il souhaite construire un véritable système industriel capable d’entraîner l’ensemble de l’économie.
Cette vision repose sur une conviction forte : l’industrie constitue un levier majeur de développement économique, de création de compétences et de souveraineté nationale.
Le pari des industries industrialisantes
L’idée centrale de cette stratégie est souvent résumée par une expression devenue célèbre : les industries industrialisantes.
Derrière cette formule se cache une logique relativement simple.
Plutôt que de commencer par fabriquer uniquement des produits destinés à la consommation finale, l’objectif est d’investir en priorité dans les industries capables de soutenir le développement des autres secteurs.
Autrement dit, avant de produire davantage de biens de consommation, il faut être capable de fabriquer l’acier, les produits pétrochimiques, l’énergie, les matériaux ou encore les équipements nécessaires au fonctionnement de nombreuses activités industrielles.
Cette approche vise à créer un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie.
Chaque nouvelle infrastructure industrielle est pensée comme un maillon d’un ensemble plus vaste, destiné à favoriser l’émergence d’autres activités productives.
Cette logique explique les investissements réalisés à cette période dans la sidérurgie, la pétrochimie, l’énergie, la mécanique ou encore les grands complexes industriels.
Des infrastructures qui structurent encore l’industrie algérienne
Plus d’un demi-siècle plus tard, une partie importante de cette politique reste visible.
Des sites comme Arzew, El Hadjar, Rouiba ou encore le développement de Sonatrach constituent toujours des piliers de l’industrie nationale.
Bien entendu, ces infrastructures ont évolué, certaines ont été modernisées, d’autres ont rencontré davantage de difficultés. Mais elles continuent de représenter une part importante des capacités industrielles du pays.
Cet héritage rappelle qu’une politique industrielle ne produit pas uniquement des résultats à court terme.
Les décisions prises dans les années 1960 et 1970 continuent encore aujourd’hui d’influencer la géographie industrielle de l’Algérie, ses compétences techniques et certaines de ses filières stratégiques.
De nombreux projets actuels s’inscrivent d’ailleurs dans cette continuité, qu’il s’agisse du développement de la pétrochimie, de la sidérurgie, de la pharmacie, des matériaux de construction ou encore de certaines filières de transformation.
Une vision qui continue d’alimenter le débat
Pour autant, la stratégie portée par Bélaïd Abdesselam ne fait pas l’unanimité.
De nombreux économistes soulignent qu’elle a permis à l’Algérie de se doter d’une base industrielle importante en relativement peu de temps.
D’autres estiment cependant que ce modèle présentait aussi des limites : une forte centralisation des décisions, une place réduite accordée au secteur privé, une dépendance importante à l’investissement public et, dans certains cas, une rentabilité économique insuffisante.
Ces débats restent encore très présents aujourd’hui.
Ils rappellent qu’une politique industrielle ne se résume jamais à la construction d’usines. Elle suppose également de développer des compétences, d’encourager l’innovation, de structurer un réseau de sous-traitants et de créer des conditions favorables à la compétitivité.
Autrement dit, la réussite industrielle dépend autant de l’écosystème que des infrastructures elles-mêmes.
Un héritage qui résonne encore aujourd’hui
L’industrie algérienne d’aujourd’hui n’est évidemment plus celle des années 1970.
Les priorités ont évolué. Les marchés se sont mondialisés. Les entreprises privées occupent une place plus importante et les enjeux liés à la transition énergétique, au numérique ou aux nouvelles technologies redessinent les stratégies industrielles.
Pourtant, certaines questions restent étonnamment actuelles.
Comment développer davantage de production locale ?
Comment mieux transformer les ressources disponibles ?
Comment renforcer les chaînes de valeur nationales ?
Comment réduire certaines dépendances technologiques ?
Comment créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire ?
Ces interrogations sont au cœur de nombreux projets industriels actuels. Elles montrent que, malgré un contexte profondément différent, plusieurs objectifs poursuivis il y a plusieurs décennies continuent d’alimenter les réflexions sur l’avenir industriel du pays.
Conclusion
Parler aujourd’hui de Bélaïd Abdesselam ne revient pas uniquement à évoquer une personnalité politique de l’histoire de l’Algérie.
C’est aussi revenir sur une période où le pays a fait le choix de placer l’industrie au cœur de son projet de développement.
Si les méthodes, les priorités et les modèles économiques ont profondément évolué depuis, certaines ambitions demeurent : développer une industrie plus intégrée, créer davantage de valeur localement et renforcer les capacités productives nationales.
Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir si la vision de Bélaïd Abdesselam est toujours d’actualité.
Elle consiste plutôt à comprendre quelles idées peuvent encore inspirer l’industrie algérienne de demain, tout en tenant compte des réalités économiques, technologiques et internationales d’aujourd’hui.

Ayanle Omar
Fondateur de l’Agence Esprit Marketing
Marketeur industriel en Algérie depuis 2015. Il aide les sociétés d’engineering, de fabrication, de réalisation, de maintenance et de logistique industrielles à mieux communiquer et à attirer plus de clients en mettant en valeur leurs savoir-faire et solutions.
https://www.espritmarketing.net/

